Rejoindre l'orage
Cette fois, la question pourrait être celle de la couleur du ciel et de la mer, du traitement des lointains, ou plutôt de différents ailleurs, d'un orage de belle facture classique, et encore d'oiseaux qui servent à dessiner, et quand même. en cherchant bien, de quelques vaches si chères à l'auteur.
Danielle Buyssens
Septembre 2011
-----------------------------------------------------------------------------------------------------
Un monde partagé
Si, comme toute oeuvre humaine, la photographie est construction, le travail de Sylvie Buyssens en produit la démonstration. Elle n'enregistre pas un donné: elle compose des rencontres, elle fixe des rendez-vous, – probables ou improbables, peu importe, la question n'est pas là.
Il devient clair que le paysage n'est pas un fait de nature, mais un fait de regard, et de désir, par exemple d'un monde parfait, ou bien d'une catastrophe, ou simplement d'un arrangement qui pourrait être celui-là.
Elle-même est de l'espèce promeneur. Elle guette, capture, rapporte au logis des centaines, des milliers d'images. Celles qui se fixent sur la carte mémoire de son appareil numérique, et celles qui se forment, au contact du réel, dans son imaginaire. Ensuite, ce sont des affaires techniques, comme dans toute forme d'art.
Ce qui en résulte a à voir avec le narratif, c'est évident. Si ce nuage est venu là et que ce rocher a eu la même idée et que les herbes se sont couchées et que la couleur a saturé sur la crête et qu'un arbre a pris cette tournure et qu'à ce moment-là, justement, une poule passait en regardant de côté, c'est forcément qu'il s'est passé quelque chose, qu'il se passe quelque chose, qu'il va ensuite se passer quelque chose. On le sent bien.
Maintenant, de là à vous dire ce que ça raconte... la question n'est pas là.
Dans le regard que Sylvie pose sur les éléments qu'elle assemble, tout est individué, chaque être, vivant ou inanimé, est un protagoniste singulier. Sa démarche procède ainsi d'une conception discontinue du monde, où d'innombrables correspondances sont possibles mais jamais certaines, où les interrelations n'ont rien de définitif mais s'offrent à une remise en jeu inépuisable.
Au regardeur de ses oeuvres de s'emparer de ces possibles et de mettre en branle son imaginaire.
Il arrive alors que certains se troublent: cette poule dont nous parlions tout à l'heure, telle vache ou tel chamois qui joue au héros de l'histoire ou qu'on découvre, très petit, en y regardant bien, – qu'est-ce que ces animaux font là? Puisque cette nature n'est pas livrée, clefs en mains, à notre bon plaisir, puisque d'autres que nous en font à leur guise en se donnant ces étranges rendez-vous, est-ce que ces animaux surtout ne nous disputeraient pas notre posture habituelle de regardeurs?
Allons, il faut bien l'avouer, il y a quelque chose d'un tout petit peu scabreux dans cette affaire...
Danielle Buyssens
Janvier 2010
-----------------------------------------------------------------------------------------------------
Sylvie Buyssens
Née en Belgique, a vécu en Suisse et en France, installée à Genève depuis 1979.
Etudes musicales, puis à l’Ecole supérieure d’arts visuels de Genève, notamment dans la classe de Sylvie Defraoui (média-mixtes).
Dirige depuis vingt ans le magasin de mobilier contemporain Jean Jacques Favre, puis ouvre en 2008 la petite galerie Aktuelroom (au bd Helvétique à Genève).
A côté de son activité professionnelle, a régulièrement poursuivi des recherches artistiques dans les domaines du dessin, de la peinture et de la sculpture, et depuis quelques années dans celui de la photographie.
Le Val d’Anniviers (Valais) où elle séjourne souvent, tient une place importante dans sa démarche photographique.
-----------------------------------------------------------------------------------------------------
Télécharger le dossier de presse